Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /2009 22:53

1) La création de MMF

 

La première réunion MMF s’est déroulée à Paris le samedi 31 mai 2008. Elle a réuni les membres actifs de la plateforme DCF (dissoute ultérieurement en juin 2008) ainsi que des personnes provenant de Bretagne, du Centre, de Normandie, du Nord et de la région parisienne. Au total, une quinzaine de personnes se sont rencontrées ce jour-là pour communiquer et envisager la création d’une nouvelle plateforme dénommée MMF (déclaration du 17 juin 2008). Chacun s’est exprimé sur la situation de DCF, sur le milieu marching français, sur ses objectifs, sur ses intentions, sur ses attentes pour la future plateforme MMF ainsi que sur la problématique de la relance du mouvement marching français.

 

2) Le Credo de MMF

 

* MMF se destine naturellement à soutenir son propre réseau marching avec pour règle fondamentale le respect des critères d’âge 6-21 ans pour le D&BC et 6-27 ans pour le MB

* MMF créera un stage national d’une semaine en août de chaque année pour les 14-21 ans (D&BC) et les 14-27 ans (MB).

* MMF a pour objectif d’aider les jeunes du réseau MMF à partir au DCI.

* MMF s’engage à clarifier les particularismes des disciplines marching US afin d’aider les groupes français à se situer stylistiquement dans le paysage marching mondial.

* MMF se consacre à l’émancipation de deux disciplines marching US en France :

  • Le Drum & Bugle Corps (D&BC)
  • Le Marching Band (MB)

  

3) Les obstacles du mouvement marching français

 

A) L’absence de professionnalisme du mouvement populaire marching

 

La fragmentation du tissu marching français

Etant donnés la fragmentation et l’individualisme du mouvement marching en France touché par un phénomène d’isolement et de rejet de la part des autres styles musicaux français, une fédération est aujourd’hui impossible en France. En outre, une telle tentative a déjà eu lieu et a abouti à un échec (DCF).

 

Le peu de mentors français

Le mouvement marching français n’a pas eu la chance de compter en ses rangs dès le début de l’aventure des responsables charismatiques ayant vécu de l’intérieur l’expérience US en D&BC ou en MB. Ces perles rares demeurent les gardiens vivants de la non transgression des codes internes et des règles si particuliers aux pratiques marching US. Aujourd’hui, MMF tente de réunir tous les Français ayant un savoir-faire marching made in us.

 

Le problème de la différenciation des styles marching

La profonde méconnaissance du particularisme de chacun des styles marching US a favorisé depuis quelques décennies l’hybridation des styles, ce qui a engendré la création anarchique des showband à l’européenne. Ainsi, règne aujourd’hui une véritable pagaille qu’il faut tenter de réduire par une clarification des styles comme s’y engage MMF.

 

La dimension sociale et festive de la musique populaire

Une grande majorité des pratiques musicales populaires françaises demeure, avant tout, un moyen social et festif de s’émanciper en société alors que le Marching Band lycéen et universitaire constitue une véritable activité scolaire. Les meilleurs musiciens des Marching Band auditionnent dans des corps privés dans l’espoir d’être recrutés, et ainsi participer à la compétition la plus importante du milieu marching mondial : le Drum Corps International (DCI). Le travail y est particulièrement intense, à tel point que les Américains qualifient cette élite musicale venant du monde entier « d’alcoolique du travail » (« workalocoholic »). Les activités marching US exigent disponibilité et assiduité.

 

Le niveau d’enseignement

Le niveau d’enseignement musical de ces formations françaises demeure précaire. En effet, dans les petits orchestres marching, certains membres sont autodidactes, d’autres ont reçu un enseignement musical de base. Concurrencer nos voisins européens et américains dans les disciplines marching requière une formation musicale complète et nécessite par conséquent un système scolaire comparable au leur. Cela étant à l’heure actuelle impossible en France, le savoir-faire instrumental et musical nécessaire ne pourra s’acquérir qu’auprès d’une institution telle qu’une école de musique ou un conservatoire. Certes, mais comment les membres du réseau marching français peuvent-ils acquérir les rudiments du style marching US et chorégraphique US au sein d’institutions françaises? Comment peuvent-ils respecter l’essence de l’état d’esprit inhérent au marching US ?

 

Les critères d’âge

En Europe, la majorité des compétitions sont réservées à des groupes all-age (14-70 ans) tandis que la quasi totalité des compétitions de Marching Band outre-Atlantique s’adressent aux collégiens, lycéens et étudiants. Drum Corps International organise une compétition estivale pour les 14-21 ans. Tous ces jeunes peuvent accorder un temps infini à leur passe-temps favori. Quel adulte entré dans la vie active peut consacrer tous ses week-ends et toutes ses vacances scolaires à sa passion ?

 

Le rôle des Alumnis

Un alumni est un ancien membre dépassant les 21 ans pour le D&BC et dépassant les 27 ans (environ, selon la fin des études) pour le MB. Les Américains ont pour habitude culturelle de soutenir financièrement leur ancien orchestre en donnant de l’argent (sponsoring interne). Cette mentalité est à développer en France au sein de nos ensembles marching. Les alumnis des D&BC se retrouvent épisodiquement tandis que les alumnis des Marching Band se réunissent de manière hebdomadaire ou mensuelle.

 

Le coût de l’activité

Une année au sein d’un Drum & Bugle Corps DCI coûte environ 4000 $ et peut avoisiner les 10.000 $ pour les étrangers (dont les billets d’avion). Le coût de fonctionnement d’un Marching Band à la US ou d’un Drum & Bugle Corps à la US en France exige de la part des membres un effort financier conséquent afin de consacrer ce temps si précieux aux entraînements sur stade (compétition MMF, DCE, DCI), et non aux carnavals ou autres festivités. En France, nous ne sommes pas habitués culturellement à dépenser des sommes importantes pour une activité extra-scolaire ; nous sommes davantage coutumiers du tout gratuit associatif.

 

Les volontaires

Le plus souvent, les volontaires sont des anciens musiciens à la retraite (+ de 21 ans ou + de 27 ans), des parents ou des fans du groupe marching. Ils soutiennent bénévolement l’orchestre en s’occupant par exemple de la vente des produits dérivés, de la préparation de la nourriture lors des camps ou répétitions, de la confection des costumes, etc. Cette branche de volontaires est à créer dans nos orchestres marching afin de mieux structurer l’association.

 

La faible mobilité

Aux Etats-Unis, les jeunes de 16 ans conduisent et prennent l’avion seul pour aller de Houston (Texas) à Madison (Wisconsin) lors des camps mensuels Drum & Bugle Corps. En France, une majorité de jeunes ne sont pas encore prêts à parcourir quelques centaines de kilomètres en train ou en voiture pour un camp musical.

 

Le marching : une priorité musicale ?

Les jeunes français ont de multiples activités extra-scolaires. Deux groupes peuvent être observés : le premier se compose de musiciens jouant uniquement dans leurs groupes marching, tandis qu’une autre moitié cumule différentes activités musicales reléguant le marching à leur 4ème activité. Pourtant, les musiciens de ce second groupe ont généralement un niveau technique supérieur aux musiciens du premier groupe.

 

Le drill

Il est peu courant de disposer de stades de football américain. Alors, les orchestres marching s’exercent sur un stade de football (soccer) ou une grande étendue d’herbe. En France, ces surfaces sont souvent proches des habitations ce qui empêche un travail régulier et sérieux d’où l’importance d’acquérir des structures privées propres.

 

B) Le refus de l’élite musicale de voir apparaître ces disciplines « marching us »

 

Les disciplines marching US au sein des institutions musicales françaises

Le Drum & Bugle Corps et le Marching Band ne sont pas institutionnalisés en France. Contrairement à d’autres styles populaires français, enracinés culturellement depuis des décennies grâce à l’action des fédérations, et relayés dans le monde civil par des professionnels issus d’orchestres ou de l’enseignement en conservatoires et écoles de musique, l’implantation de ces styles musicaux américains demeure encore aujourd’hui un véritable défi.

 

Les écoles de musique et les conservatoires

Ces institutions proposent des cours instrumentaux ‘des musiques du monde’, des orchestres symphoniques, des orchestres de jazz, des Brass Band et même des orchestres de musique actuelle. Pourquoi ne proposent-elles pas le Marching Band et le Drum & Bugle Corps ? Cependant, quelques professeurs formés ou intéressés par ces styles marching US initient des ateliers de découverte mais ces actions restent marginales.

 

Les orchestres à l’école

Comment pouvons-nous en France concurrencer les Italiens, les Britanniques, les Allemands, les Hollandais ou encore les maîtres que sont les Américains en sachant que, contrairement à nous, toutes ces nations favorisent la création d’orchestres à l’école dans leur programme scolaire ? De plus, dans la plupart de ces pays, les écoles de musique ou conservatoires sont à l’intérieur ou proches des écoles (collèges, lycées, universités). Les seuls instruments collectifs à grande échelle disponibles dans nos collèges sont les flûtes à bec et les petites percussions. L’implantation des orchestres dans les écoles ne se fera que difficilement pour deux raisons : A) où trouver les fonds ? B) cela constituerait une remise en cause du système éducatif musical français.

 

La désinformation

Le D&BC et le MB subissent une véritable désinformation comme le Brass Band en a fait l’objet au début des années 70. Cependant, le Drum & Bugle Corps (l’élite des disciplines marching) est clairement la plus prestigieuse des disciplines musicales instrumentales après les orchestres de musique savante et les orchestres de jazz.

 

L’élite musicale et artistique face aux disciplines marching us

Il y a tout simplement une grande méfiance et une grande méconnaissance de la part de cette élite. Le Marching Band peut parfois manquer de raffinement (on excusera les collégiens et lycéens américains) mais le Drum & Bugle Corps semble par contre intriguer pour ne pas dire gêner. Le Drum & Bugle Corps est clairement la seule activité au monde à allier sport et musique, tout en gardant excellence et justesse musicales. L’élite musicale française ne semble pas vouloir reconnaître le travail exceptionnel de l’école américaine Drum & Bugle Corps et Marching Band à cause d’une suffisance nationale.

 

 

4) Compte tenu de ces obstacles, quelle est la stratégie de MMF ?

 

MMF a conscience de tous ces obstacles et a, depuis une année, agi en conséquence. Nous avons opté pour la création d’une organisation de type DCI – Drum Corps International afin d’apporter à ceux qui le souhaitent une aide basée sur différents supports.  Notre objectif n’est pas de fédérer tous les groupes marching français mais plutôt de créer des pôles régionaux forts composés de plusieurs groupes marching et d’un réservoir de jeunes importants. Nous désirons travailler pour le moment avec 1 ou 2 Marching Band et 2 à 3 Drum & Bugle Corps forts composés d’une centaine de membres plutôt qu’une centaine de petits ensembles.

 

Le mouvement marching français est composé et géré principalement par des amateurs dont la musique n’est pas le métier. On ne peut pas condamner cet état de fait mais au contraire encourager, soutenir et féliciter ces personnes qui se battent au quotidien. Les professionnels ne jouent par leur rôle mais que peuvent-ils faire face à des disciplines qu’ils ne maîtrisent pas ?  Ce savoir-faire US est bien trop exigeant et précis pour qu’il puisse s’improviser. La partie musicale est universelle et accessible à tous, mais la partie chorégraphique et culturelle des disciplines ainsi que sa transmission nécessitent un savoir-faire. Même si l’élite musicale et les institutions ne veulent pas de ces disciplines marching, les membres du mouvement marching français ne doivent pas se décourager mais au contraire s’unir et s’entourer de professionnels étrangers et français.

 

En septembre 2008, il a été proposé à tout le tissu marching français un stage US grandeur nature avec un staff américain DCI et un show type DCI. Pour résumer, un vrai challenge sans précédent en France. Aucun groupe français n’a joué le jeu. Force est de constater que cette stratégie n’a pas porté ses fruits, probablement en raison du prix initial (490 euros tout compris pour une semaine) et du blocage observé chez les cadres des groupes marching français, principalement aux dépens de leurs jeunes.

 

Afin de diminuer le coût du stage, nous avons réduit le staff US puis orienté notre recherche vers la ville de Quiberon proposant des infrastructures à coût réduit. Le prix du stage est actuellement de 290 euros. Cette nouvelle offre semble correspondre davantage aux attentes des membres du réseau marching français.

 

Des groupes de jeunes âgés de 6 à 14 ans dans les régions Bretagne et Centre reçoivent au quotidien une formation marching complète. Cette nouvelle génération montante sera d’ici quelques années la première génération française made in US prête à affronter l’avenir sereinement, et prête à affronter les autres nations lors de compétitions de type DCE et DCI. Désormais, MMF créé son propre tissu marching afin d’être totalement indépendant dans ses démarches futures.

 

Autre point important, les Marching Band et les Drum & Bugle Corps du réseau MMF ont pour objectif principal de présenter chaque année un show chorégraphique et musical lors de spectacles ou compétitions MMF, DCE, DCI.

 

Marching Music France pense avoir opté pour l’une des meilleures stratégies, même si celle si exige patience, rigueur et professionnalisme. Le travail réalisé en amont par les pionniers du mouvement marching US en France ainsi que celui réalisé aujourd’hui commencent à payer :

 

  • * La classe politique découvre avec émerveillement la richesse des styles marching US.
  • * Les parents apprécient cette approche collective de la musique, loin de l’échec déconcertant de la musique au collège et loin des cours individuels dans les écoles de musique et les conservatoires.
  • * Des anciens élèves deviennent aujourd’hui professeurs. Ces personnes commencent tout doucement à initier des stages et des ateliers un peu partout en France.

 

 

Voici deux questions-réponses qui peuvent résumer mon opinion sur MMF :

 

Assisterons-nous dans le futur à une véritable reconnaissance objective et lucide des ces pratiques marching US ?

Oui, bien entendu grâce au professionnalisme des cadres et au sérieux des membres des corps dans leur travail hebdomadaire.

 

Assisterons-nous à une généralisation des pratiques marching US en France ? Difficilement puisque la tâche est ardue. Un corps respectant les règles et codes du marching US demande de gros moyens humains, logistiques, organisationnels et financiers. Par contre, nous verrons apparaître de plus en plus de showband à l’européenne (moins exigeant et contraignant en tous points). Mais la puissance d’Internet est en train de changer les  mentalités chez les jeunes français issus des écoles de musique, des conservatoires ou encore des orchestres populairse. Ils associent à ces disciplines marching US des mots tels que grandiose,  spectaculaire, puissant, impressionnant, époustouflant, rêve. Le Marching Band mais surtout le Drum & Bugle Corps font rêver les jeunes, et ce n’est que le début !

 

 

Yohann Boscher,

Président de Marching Music France,

  Madison Scouts 2004.

Par MMF
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